D’Yves Gaonac’h. Documentaire 52min.

La bataille de Poitiers est une victoire remportée en 732 par l’armée de Charles Martel. L’émir de Cordoue, Abd El Rahmane, commandant l’armée arabo-berbère, est tué lors du combat.

A travers les siècles cette bataille mythique est devenue un point de repère de la civilisation chrétienne. Elle est un événement fondateur du « choc » entre Orient et Occident dans la thèse du politologue Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, influence majeure des politiques internationales nord-américaines actuelles. Ce choc est aujourd’hui l’objet d’un battage médiatique international. En novembre 2005, des communes françaises sont en proie à des émeutes urbaines d’une rare ampleur. Dans les médias américains, la France est envahie par les arabes. Le pays est vu comme au premier rang du conflit contre l’Islam. En 2015 les médias américains inventeront au coeur même de Paris les « territoires où les français ne peuvent plus aller », les No-Go zones. En France, Martel est devenu un emblème pour les identitaires et une figure pour l’extrême-droite (« Je suis Charlie Martel »…), que l’on retrouve sur nombre de produits dérivés.

Cependant, si la bataille de Poitiers de 732 est un symbole de la civilisation chrétienne, les manuscrits produits au Moyen Âge par l’Église montrent que cette bataille n’avait pas un caractère religieux ou civilisationnel. Le héros Charles Martel est en fait le fruit d’une instrumentalisation politique longue de plusieurs siècles.

Avec William Blanc et Christophe Naudin, deux jeunes historiens spécialistes de la question, nous reviendrons sur les moments forts de la naissance de ce mythe, et sur sa descendance.

Il y a eu un glissement de l’histoire, et l’image de Poitiers s’en est trouvée détournée. Le vécu de ses habitants est pourtant à mille lieux de cette théorie du choc des civilisations. Ils ont des choses à raconter, et peuvent discuter d’images historiques, et déconstruire les préjugés médiatiques.

Ce film se veut une enquête approfondie, drôle et romancée, sur le roman de la peur qu’on nous martèle depuis des siècles.

(VON STEUBEN Carl, Bataille de Poitiers, 1837, Musée de Versailles (détail))